Nymphéa, Tome 1 : Sortilège

Par Callie Avril

Résumé:

"Une nymphe vulnérable. Une horde de démons décidés à la déchiqueter. Un seul humain pour s'y opposer. Sera-t-il suffisamment fort ?"


Lorsque Daniel Keller déménage à Valognes suite à la mort de son grand-père, il est loin de se douter que son existence va prendre un tournant extraordinaire.

Dans son lycée, il y a cette fille étrange, Olympe. Qui est-elle ? Pourquoi les garçons qui s'approchent d'elle finissent-ils par disparaître ? Daniel est loin d'être au bout de ses surprises...


Chapitre 1

J’inspire l’air glacé qui s’engouffre dans l’habitacle de la Volvo. Nous roulons à vive allure. Mon oncle Chris n’est pas impatient de me faire découvrir mon nouveau foyer, mais il n’a aucune envie de rester bien longtemps en ma compagnie. Je partage ses sentiments. Depuis que j’ai débarqué à Valognes, j’ai une envie irrépressible de prendre la fuite.

Chris renifle dédaigneusement en me jetant un coup d’œil. Nous ne nous sommes jamais vraiment parlé, lui et moi. C’est notre premier tête-à-tête. Apparemment, le nouveau copain de ma tante Tina, qui m’a quasiment supplié de le considérer comme un oncle, ne m’apprécie guère.

- Alors, Daniel, tu as fait bon voyage ? me demande-t-il d’une voix faussement enjouée.

- Génial, j’adore l’avion, je réplique.

Son regard glisse sur mes bracelets de cuir et de métal et il hausse un sourcil.

- Je suis étonné qu’ils t’aient laissé monter dans l’avion.

Il a donc de l’humour…

- A force de persuasion, on obtient tout ce que l’on veut, non ?

Il quitte la route des yeux un instant pour me jeter un regard surpris.

- Je plaisantais…

… ou peut-être pas.

Il reprend contenance et se redresse en s’éclaircissant la gorge sur un ton de reproche. À moi de le dévisager, cette fois. En costard anthracite chic, même pour venir chercher un neveu indésirable à l’aéroport le week-end. Je crois que les coups que Tina s’est pris lorsqu’elle était avec son ex lui ont sévèrement abîmé le cerveau. Et quel genre de mec ne vous déclare pas ses condoléances après le décès d’un proche ? Il se donne des allures de bonne éducation mais il n’en a aucune. Il n’en a certainement rien à foutre de la mort de Jean Keller, mais il y a des limites.

Nous finissons par arriver à Valognes. Nous traversons la ville et continuons vers des quartiers plus calmes. Chris finit par se ranger devant une maison aux volets bleus. Il coupe le moteur et pousse un discret soupir que je ne manque pas de remarquer.

- Je vais t’aider à prendre tes affaires, me propose-t-il.

- Inutile. Je n’ai pas grand-chose.

- Ok.

Je claque la portière de la voiture de Chris derrière moi. Je n’ai aucune envie d’être ici. Je jette un coup d’œil à Chris qui rajuste sa cravate. Je l’imagine bien en train de boire une tasse de thé, le petit doigt levé en l’air, en disant à ma tante avec un accent anglais pitoyable :

« Je n’aime pas les manière de ce petit con. »

La porte de la maison s’ouvre. Tina dévale les marches du perron et vient m’enlacer. Le chagrin la rend méconnaissable. Ses yeux gris sont cernés et ses cheveux blonds négligés. Je feins de ne pas avoir vu ses larmes ni d’entendre ses reniflements dans mon cou. Ça me pince trop le cœur et ça me dévore les tripes.

- Est-ce que tu vas bien ? me demande-t-elle d’une voix chevrotante. Je n’arrive pas à croire qu’il nous ait quitté…

Normal qu’elle soit bouleversée par la mort de son père. Et l’autre tâche derrière qui ne dit toujours rien… Il doit être gavé par Tina qui ressasse.

- Ça va, Tina, je lui réponds en l’écartant gentiment.

- Viens.

Elle m’entraîne dans la maison. Chris nous suit de loin. Je suis étonné de voir des photos de famille dans le salon. Ce n’est habituellement pas le genre de Tina d’étaler les souvenirs de famille, mais elle doit en avoir besoin dans les circonstances actuelles. Elle attrape une photo de moi quand j’avais onze ans, entouré de mes grands-parents.

- Tu as changé, rit-elle tristement.

Je me penche sur la photo. J’ai un sourire réservé que j’ai toujours conservé jusqu’à maintenant. Avant, j’éclatais de rire, comme sur cette autre photo que Tina me montre, sur laquelle j’ai trois ans et suis avec mes parents. Mais à leur mort, je n’ai plus jamais ri.

- Regarde comme tu ressembles à ton père, maintenant.

Tina me tend un cliché de mon paternel. Il avait dix-huit ou vingt ans peut-être. Juché sur un muret de pierre, il fait un geste obscène au photographe. Un collier de chien autour du cou, les cheveux longs, il respire l’insolence et la liberté.

Je passe une main dans mes cheveux plus courts que les siens, mais de cette même teinte chocolat, raides et luisants.

- Qui aurait cru que ta mère finirait avec un type pareil, plaisante Tina en se remettant à pleurer.

Chris intervient en la prenant dans ses bras.

- Range-ça, me lance-t-il en désignant les photos. Ta chambre est au premier sur la gauche, si tu veux y jeter un œil.

- Ok…

Je remets les clichés sur le vaisselier et je monte. Ma chambre est petite. Avec un lit sous la fenêtre qui prend tout le mur du fond. L’armoire imposante à droite cache tout le mur aussi. Il y a un bureau qui occupe l’autre à gauche. Et au centre, il y a un vide étroit. À peine assez grand pour respirer. Je laisse tomber mon sac par terre et ma valise devant la chambre car je n’ai pas la place de la faire entrer. Il faudrait que je la vide et la range quelque part ailleurs. Le tonnerre claque. Je m’approche de la fenêtre d’où je vois un ciel noir. Un éclair zèbre l’obscurité du paysage et mon reflet apparaît quelques secondes dans la vitre. Je passe ma main dans mes cheveux pour me dégager le visage. Un visage dur que je n’aime guère, avec mes pommettes saillantes et mes sourcils constamment froncés comme jamais, à force de penser à ma vie infernale. Elle a toujours été un champ de ruines et ça ne risque pas de changer de sitôt.


***


Lorsque mon téléphone sonne le lendemain matin, j’ai un mal de chien à me lever. Impossible de dormir cette nuit, les photos que Tina m’a montrées hier m’ont hanté. Je revois encore mon cher père punk mort-vivant me cracher au visage qu’il est mort par ma faute.

- Dany ?

Ma tante tape à la porte.

- Je t’accompagne au lycée dans une heure, d’accord ?

- Laisse, je peux y aller à pieds. J’ai vu que ce n’était pas loin.

Tina et Chris sont la seule famille qu’il me reste et qui puisse me permettre une dernière année de lycée relativement stable. Comme je suis mineur, ils étaient la meilleure solution après mes grands-parents. Mais la paperasse juridique traînant en longueur, je n’ai pu arriver chez eux que la veille de la rentrée.

- Oh…comme tu veux. Je peux entrer ?

- Ouais.

Tina vient s’asseoir sur la chaise du bureau tandis que j’ouvre les rideaux en grand. Si elle remarque les nombreuses cicatrices sur mon corps, elle n’en montre rien. L’accident de voiture quand j’étais gosse ne m’a pas totalement épargné.

- Je suis un peu dépassée par les événements, me confie-t-elle. Excuse-moi de ne pas être une épaule sur laquelle pleurer. C’est pourtant mon rôle en tant que tante.

- Hé, j’ai peut-être que dix-sept ans mais je peux gérer, t’inquiète. C’est moi qui suis là pour toi, ok ?

Elle hoche la tête d’un air absent.

- Oui, tu es grand maintenant. Tu es un homme. Ça va aller, murmure-t-elle pour se rassurer.

De la voir dans cet état me ronge le cœur. Depuis la mort de maman, papa, grand-mère et maintenant grand-père, j’ai du mal avec la souffrance des autres. La mienne fait partie de moi maintenant, elle m’accompagnera toujours. Mais si je peux éviter celle d’autrui…

- Je vais me préparer et y aller, d’accord ?

Je passe à côté d’elle en lui serrant l’épaule et sors de la chambre. Tout à coup je respire mieux.


***


L’établissement de pierre qui me fait face est la seule curiosité que j’avais envie de voir dans cette ville. Il ressemble à un vieux château, avec sa cour intérieure et ses toits pointus. Bien que ce soit un chef-d’œuvre architectural, l’arche ouvragée du portail me donne la chair de poule. Le parc alentours est immense, tout comme l’histoire de l’établissement est spectaculaire. Il date du XVIIe siècle et a été bien plus qu’un simple lycée. Fondé par un abbé, c’est à l’origine une école de prêtres, puis il a servi comme caserne, collège, hôpital militaire durant la guerre, mairie, puis à nouveau établissement scolaire…il va maintenant devenir une prison de plus à mon actif. Je m’approche des listes épinglées sur un mur, devant lesquelles tout le monde s’amasse comme des naufragés perdus.

- Cool, ton piercing.

Je me retourne face à une fille au visage criblé de métal. Ma petite rébellion contre mon grand-père au début de ma vie en sa compagnie n’est rien comparé à ce qu’elle porte, elle.

- Merci, murmuré-je.

- T’es nouveau ici ?

J’acquiesce en reportant mon attention sur les listes.

- Oui, sinon je t’aurais déjà remarqué.

Je double d’effort pour retrouver mon nom. Cette fille commence à me mettre mal à l’aise. Les noms de famille commençant par un « K » ne sont pas nombreux… ça y’est ! Sauvé ! Sans plus faire attention à elle, je me détourne.

La fille aux piercings m’interpelle, mais je l’ignore et m’empresse de passer les portes du lycée. C’est un vrai labyrinthe, et nous sommes plutôt nombreux à chercher notre chemin. J’entends devant moi deux filles qui cherchent la même salle que moi et je les suis. Arrivées devant la porte de notre salle, elles soupirent de soulagement et disparaissent de mon champ de vision. C’est alors que des yeux d’un vert intense me clouent sur place. Ils ne me lâchent pas une seconde, ne cillent pas.

La fille à qui ces yeux verts appartiennent est telle une apparition. J’ai la gorge sèche tout à coup et j’ai l’impression de m’être pris une grosse raclée.

- Jeune homme ?

Je sursaute et me retourne vers l’homme qui vient de parler.

- Oui, M’sieur.

- Votre nom.

- Daniel Keller, M’sieur.

Il consulte une liste qu’il tient à la main par-dessus ses lunettes. Je détourne le regard distraitement, à la recherche des yeux verts, mais ils ont disparu.

- Oui, vous êtes bien ici, me dit l’homme en s’effaçant devant moi. Entrez, je suis votre professeur principal, Monsieur Armand.

J’entre dans la salle en jetant un dernier regard au couloir. Il est désert.


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Callie Avril est née le 24 Avril 1993 à Nice, où elle vit actuellement. Après des études d’histoire, histoire de l’art et archéologie à l’Université de Nice Sophia Antipolis, elle a d’abord travaillé comme assistante de direction, puis est devenue rédactrice web indépendante pour enfin se tourner vers le droit. C’est à l’âge de huit ans qu’elle a découvert que l’univers n’avait pas de limite, tant que l’imagination existait. Elle a commencé à écrire des histoires de style fantasy, puis s’est intéressée à la science-fiction et à la romance.